On est en juillet et la seule chose ressemblant de près aux vacances pour moi est cette photo, mise en exergue avec le titre de ce billet, pour le rendre un temps soit peut sexy 🙂 Je bosse dans le tourisme, et je pars en vacances quand tout le monde travaille.  En plus ce mois-ci avec #HistoiresExpatriées Hélène du blog A French in Mexico propose de parler de notre job. Alors voilà : mon job c’est de faire en sorte que les voyageurs soient heureux.

Etre manager en auberge de jeunesse

Préparer un thé et un petit-déjeuner, faire la liste mentale des tâches de la journée, des priorités et parfois regarder les emails en avance. Puis embarquer dans le bus pour 15 petites minutes.

Arriver via l’entrée principale de l’auberge et dire bonjour à tout le monde.

Regarder qui est là aujourd’hui sur l’emploi du temps et organiser le “check-up” avec chaque service : réception, ménage, réservation et maintenance.

Aider la réception le matin, organiser les horaires de pause, et ouvrir les rapports de la journée sur le logiciel de réservations.

Mettre tout le monde sur la même longueur d’ondes à propos des arrivées du jour et quelques autres petits détails (la maintenance du bâtiment par exemple). C’est en fait le plus dur mais c’est crucial pour organiser le ménage et la réception entre midi et 15h. 15h, heure de l’ouverture des arrivées, heure où l’auberge doit être nickel.

Prendre une pause à la plage avec un.e/des collègues. Respirer devant la mer et les montagnes.

Revenir à l’auberge, faire un tour au service réservations et me préparer un café. En profiter pour effectuer les tâches impératives avec les dates de rendu spécifiques : paies, emplois du temps, enregistrement des commissions et autres. Le département des résas est au frais et au calme, je peux me concentrer sans soucis.

Et en vrac en plus : régler les problèmes en tous genres (absence soudaine d’eau chaude, fuite, réparation de la machine à faire les cartes-clés, surbooking, etc), suivi client, rencontrer ceux qui ont besoin de parler (en mode psy), organiser les réservations groupes et répondre aux questions … Faire de la discipline si certains ne se pointent pas car ils ont trop fait la fête (un grand classique), anticiper les départs pour embaucher et former (le tourisme avec les saisons et les voyageurs-travailleurs c’est beaucoup de turn-over).

Et voilà un jour typique en tant que manager en auberge de jeunesse en haute saison. 

La difficulté c’est de remettre le couvert tous les jours et garder un rythme fluide pour gerer les départs/arrivées sous haute tension : 200 lits dont une centaine qui se vide et se rempli quotidiennement. Il faut motiver les troupes et garder un équilibre entre la flexibilité et la discipline. Le plus dur étant de mettre tout le monde sur le même tempo. Mes 3 trucs pour réussier sont : la communication, la formation et la délégation des tâches / décisions. Ensuite ça devient de la vérification. Etre sûre que tout ce que l’on veut faire ou mettre en place soit appliqué au quotidien. Un gros défi avec son lot de surprises, de petites et grandes anecdotes, des coups de cœur, de gueule et de pression. Mais surtout, travailler en auberge de jeunesse c’est une aventure humaine. Je bosse avec des personnalités variées que je dois fédérer. Il y a des différences culturelles à gérer, des différences d’objectifs et de tempérament (comprenez saisonniers étrangers vs étudiants canadiens) et des drames ; ces histoires de cœur dont on aimerait ne pas avoir à faire au travail.

PVT Canada job auberge de jeunesse hostelJe ne sais pas combien de temps je travaillerai en auberge de jeunesse mais ça ne me déplaît pas. C’est relax, je vais au boulot en short l’été, et la hiérarchie n’est pas trop marquée. Il y a aussi une volonté de garder des standards élevés en terme de projets/objectifs, donc ça reste un défi intéressant. Cet été je ne supervise plus toute une auberge mais seulement la réception. En plus j’ai changé d’auberge à Vancouver. Ça parait moins bien au premier abord mais en fait c’est pour le mieux : l’organisation me va mieux qu’avant et je passe un été plus tranquille 😉

Mon PVT Canada : au final ce fut pas mal de travail

Ici j’ai recommencé en bas de l’échelle et 8-9 mois après j’étais revenue au même niveau que mon année 2015 en France. En fait au Canada lorsqu’on arrive personne ne nous connait, tout le monde se fout de l’école ou de l’université dans laquelle on s’est formé sauf si c’est UBC ou McGill, les 2 plus grandes universités du pays. Alors voilà on arrive sur la pointe des pieds et on découvre une nouvelle culture du travail.

Moi je voulais prendre une nouvelle expérience pro et apprendre encore : j’ai été servie.

J’ai même fini par avoir envie de rester… A mon arrivée au Canada j’avais envoyé 3 candidatures. J’avoue je ne me suis pas foulé le petit pouce. Je voulais un job à la cool et ensuite voyager puis peut-être revenir en France/en Europe. J’ai eu 2 entretiens, puis 1 poste à mi-temps proposé par email. J’ai fini par être embauchée à plein temps à Vancouver. Ensuite ce qui m’a poussée évoluer et rester c’est l’ennui vite arrivé pour mon 1er job, couplé aux opportunités qui se sont présentées très rapidement, et l’argent, car Vancouver est chère (opportunités = augmentations bien sûr). Et pourquoi ne pas saisir ces occasions après tout ? Je suis devenue coordinatrice des réservations puis manager (directrice adjointe pour être précise 😉 ) et depuis peu superviseur de la réception d’une seconde auberge (il y en a 3 avec Hostelling International à Vancouver).

Ici tout va vite, on est poussé à évoluer et on se rend compte au bout de 18 mois qu’on a déjà fait du chemin. Alors naturellement on se pose des questions : est-ce que je reste ? Est-ce que je demande ma résidence ?

Travailler au Canada : quelles différences avec la France ?

Globalement je dirai qu’au Canada les embauches et licenciements sont rapides selon l’augmentation et la baisse d’activité des entreprises et leur changement de projet/management. Si on est licencié ce n’est pas toujours parce qu’on a fait une faute grave alors il vaut mieux passer rapidement à autre chose : se concentrer et chercher de nouvelles opportunités. C’est dur parfois et il vaut mieux être entouré mais ça vaut le coup de faire les efforts je trouve.

Les références sont super importantes ici alors on reste toujours en bon contact avec ses anciens collègues et managers. C’est comme ca que j’ai pu transférer d’une auberge à une autre. Cela fait partie de l’attitude positive et un plutôt anti-conflit des canadiens. Ça donne parfois une grosse ambiance hypocrite mais au moins tout le monde “behave” / se tient en réunion et en public. C’était pareil en Nouvelle-Zélande. Et ça, ça me va. En fait ça me fait même marrer, car du coup je passe pour celle qui est super directe. On m’a regardé plusieurs fois les yeux ronds quand j’ai remballé 2 ou 3 loulous qui ne faisaient pas leur boulot l’été dernier. Ils n’avaient pas l’habitude qu’on leur rentre dedans.

Au travail il y a peu de retours et j’ai parfois du mal à savoir si je fais du bon boulot car ici la culture du travail est tranquille : tant qu’on rentre dans les comptes, qu’on atteind les objectifs et que les clients sont satisfaits ça va (et les objectifs augmentent tres graduellement avec beaucoup de staff pour les atteindre). En France on aime être pointu et on est assez critique. J’ai dû m’adapter ; apprendre à admettre que si j’opère un changement, ce n’est pas parce que je n’ai pas de retour que c’est mal ou pas pris en compte par mon/mes boss.

En revanche il y a de la récompense : augmentation des salaires régulièrement, et augmentation du salaire des travailleurs saisonniers qui reviennent chaque été. Ce n’est clairement pas le cas en France. 

Il y a aussi une confiance acquise dès le départ : par exemple j’ai très vite eu les accès manager sur le système de résa à l’auberge et mon boss m’a filé sa carte de crédit pour un achat alors que j’étais encore en période d’essai. En France, je n’avais pas accès à la carte de crédit de l’auberge de lors de ma saison été 2015. j’étais nouvelle directrice et la confiance devait s’acquérir en une saison réussie. Ce style laisse souvent les européens rêveurs parce qu’il est basé sur la confiance et l’honnêteté totale dès le début d’un contrat. Ça a l’air naïf comme ça mais en fait l’objectif c’est l’intégration rapide des employés, leur valorisation (pour les garder) et la vérification que l’on colle bien avec les valeurs de l’organisme.

D’ailleurs en parlant de valeurs : elles comptent ici. En entretien un candidat moins qualifié mais correspondant au style du management sera plus apprécié qu’un bon technicien ne donnant pas l’impression d’être en accord avec ce que dégage l’organisme. J’en suis venue à ne pas embaucher un réceptionniste de nuit qui avait déjà travaillé sur le même logiciel de résa de l’auberge car il avait l’air trop hôtelier. Je sentais qu’il partirait vite pour un meilleur salaire. En fait côté employé c’est souvent comme cela que l’on trouve des jobs dans des domaines différents. D’où l’impression que l’on nous donne notre chance sur des postes que l’on aurait pas eu en France.

Niveau embauche, en tant que manager on est bien entouré au Canada 🙂 En fait je trouve que la mentalité anglo-saxonne est très portée sur la satisfaction client coûte que coûte. C’est important pour eux car ça permet de se faire une solide et durable réputation. Donc de rester rentable. Du coup il y a du budget pour les embauches et la formation des employés. Et je me suis sentie au large pour constituer une équipe. En France je travaillais à flux tendu, c’était plus stressant. Et je n’avais que peu de temps et de budget pour la formation des employés, notamment dans les postes d’entrée type réception, réservation et ménage. C’est dommage car aussi bête que cela puisse sembler le ménage par exemple nécessite une formation ; ne serait-ce que pour ne pas se casser le dos et bien s’organiser (gagner du temps sans s’épuiser).

Je trouve que ce n’est pas toujours facile de changer de mode de travail même si j’aime expérimenter. Ici ça fonctionne pour moi : tranquille, no stress,  tout en diplomatie et avec un sens très zen de la communication. Et surtout ce qui compte ici ce n’est  tant de gravir de échelons et avoir un beau titre mais de se réaliser.  Et comme c’est tout de même bien en phase avec l’éducation que j’ai reçu,  je me sens bien au Canada.

Et voici les autres billets d’#HistoiresExpatriées :

Stéphanie, Liverpool, Voyage Roadtrip
Eva à Kobe, Japon Frenchynippon
Angélique, Sénégal, FoguEscales
Ophélie, York, Angleterre, Cross my heart & hope to die
Ferdy, Edmonton, Canada, Ferdy Pain d’Epice 
Adrienne, Cambridge, Angleterre Madam’Dree
Val, Portsmouth, Angleterre, Mon Expérience Voyage
Marie à Derby, Angleterre, Filer à l’anglaise
Miryam, Allemagne, Nuage Nomade
Clara, Angleterre, Une marmotte voyageuse
Amélie et Laura à Turin, italie, Ciccia & Cerva
Lucie, Ipswich, Angleterre, My Tour du Globe
Maëva, Canterbury, Angleterre Maeva’s Mapa Mundi
Morgane, Madrid, espagne, La vie en Mots
Hélène, Reading, Angleterre, Travelling Petit Pain
Lucie, Venise, Italie, L’Occhio di Lucie

Perrine

Voyageuse un peu aventureuse, je suis partie de mes Alpes françaises natales pour découvrir le monde et ses curiosités. Ici je partage mes expériences, mes voyages, mes découvertes, mes pensées en PVT.

Cet article a 2 commentaires

  1. Je me suis jamais posé la question à propos d’un travail en auberge de jeunesse. Je ne sais pas si ça me plairait, j’ai déjà du mal parfois à dormir dans certaines (je suis parfois une princesse…) mais même si je crains que ce type de poste soit routinier tu démontres tout le contraire et c’est sympa d’en apprendre plus sur l’administration au Canada. Merci!
    https://maevasmapamundi.com

    1. Je suis d’accord sur le fait que dormir en auberge peut représenter un défi parfois 😉
      Bosser en auberge peut être routinier c’est sûr, et en fait tout dépend de ce qu’on y fait et de l’ambiance aussi.

Un petit mot ?

Fermer le menu