Je n’étais pas sûre d’écrire pour ce nouveau RDV d’Histoires Expatriées. Puis comme j’ai beaucoup aimé les billets postés, que Lucie a mis un” j’aime-coup-de-pied-aux-fesses” à un des mes posts sur les réseaux sociaux aux alentours du 15 du mois,  je me suis dis que je devais prendre ma plume.

Le thème de ce mois-ci est La langue. Il est proposé par Estelle qui vit en Australie.

Sur le blog j’avais créé une rubrique “Carnets linguistiques” que je pensais étoffer mais ça n’a pas réellement fonctionné. J’ai un peu lâchement abandonné le projet. Il n’y avait que 2 billets dans cette rubrique : un sur le Canada et un sur l’anglais en Nouvelle-Zélande. Bref, la langue, je m’y remet. Merci Histoires Expatriées 🙂

La langue et moi, ou plutôt les langues et moi

L’école : tout pour les langues

J’ai adoré les cours de langues durant toute ma scolarité et c’est une des raisons principales pour lesquelles je voyage. J’ai souvent orienté mon parcours en fonction des langues que je pouvais apprendre. J’ai étudié dans l’ordre l’anglais, l’italien et l’espagnol. J’ai eu de la chance dans mon apprentissage de tomber systématiquement sur le/la nouveau/elle prof qui débarque (en fait, qui débarque des concours) avec une motivation et une envie de transmettre son savoir via des méthodes modernes, et la volonté de convaincre même les plus réticents. J’avais aussi toujours les nouveaux “workbooks” ou “quaderno”. L’italien en seconde langue puis l’espagnol en troisième langue m’ont fait me retrouver dans des petits groupes de 6, 10 ou 15 élèves en cours. Avec des films, des livres, de la musique, j’ai formé mon oreille, mes yeux, et ma langue (au sens premier). Et ce sans jamais être dans des établissement réputés. Ces cours m’ont donné une grande confiance en moi quand je suis partie à l’étranger, même si j’étais consciente d’être loin du bilinguisme. Et je pense que ça m’a aidé à me sociabiliser et m’adapter rapidement.

De la facilité à saisir les langues

Les langues latines ont été les plus faciles à apprendre pour moi : la logique de la grammaire, de la construction des phrases, les rythmes, la prononciation et surtout rouler les R. Tout me parlait, tout me venait. Il y a bien sûr la ressemblance au français, mais surtout la difficulté de s’en détacher pour bien comprendre et maîtriser la langue. J’ai beaucoup aimé ce défi. Puis j’aime le langage corporel et il est très présent dans les pays méditerranéens. Il fait partie intégrante des échanges et leur donne du corps dans tous les sens du terme.

L’anglais, lui était moins évident à la compréhension orale, même si je l’ai tout de suite adopté car j’écoutais des groupes de musique et chanteurs/euses anglophones. C’est une langue qui sonnait cool pour moi même si parfois ça sonnait “je-ne-comprends-vraiment-rien-de-rien”. Je crois que l’écoute a toujours été et sera toujours la partie la plus difficile. Si j’ai eu quelques galères en Nouvelle-Zélande à me débuts, je suis arrivée à bout des accents anglais du Pacifique. Victoire ! Mais il m’arrive encore de me sentir bête et manquer le sens d’une phrase une fois de temps en temps. Les sons sont tellement différents du français. Honnêtement j’ai vraiment passé un cap en anglais lors de mes années BTS quand je regardais des séries américaines en streaming sur Internet alors qu’elles n’étaient pas sorties en France. C’est bête mais ça a formé mon oreille 🙂

La langue au Canada : le français et l’anglais

La langue au Canada c’est un sacré débat parfois parce que c’est lié à l’identité de ce grand pays. Identité à plusieurs facettes d’après mes découvertes. Ici le français et l’anglais sont les langues officielles et c’est intriguant, surprenant et parfois explosif.

Je suis arrivée au Québec où l’on parlait un français exotique vis-à-vis de celui que je connaissais. J’ai découvert de nouveaux mots et expressions, ainsi que de nouvelles façons d’utiliser mes mots du quotidien. Voici quelques exemples :

Dire “allo” à la place de “bonjour” et “bienvenue” à la place de “de rien”

Déjeuner, dîner puis souper à la place de petit-déjeuner, déjeuner et dîner 😉

Prendre une collation au lieu d’un goûter

En voyageant j’ai appris que le Québec est loin d’être le seul endroit où l’on parle français au Canada. Il existe des accents francophones distincts selon les provinces, et il y a des villes et des villages avec une identité francophone spécifique. Par exemple il y a Jasper, petite ville touristique, du même nom que son fameux parc national, où j’ai rencontré avec étonnement un tas de québécois. On y trouve une école francophone super dynamique portant le nom d’un franco-albertain reconnu localement. J’ai aussi entendu parler de Winnipeg et son quartier français Saint-Boniface. Et il y a le bilinguisme du Nouveau-Brunswick avec le chiac, langue à mi-chemin entre l’anglais et le français. J’en passe, mais, sur la carte canadienne il y a par-ci, par-là des noms francophones au milieu de provinces anglophones.

 Je vous recommande d’ailleurs la lecture de Cartes postales du Canada” de la journaliste et blogueuse québécoise Maris-Julie Gagnon. Ses récits de voyage dans son propre pays sont de véritables petites pépites.

Ici, à Vancouver l’anglais prédomine, et la francophonie commence à être prise au sérieux. Mais on est bien loin de l’est canadien et il a très peu de services en français. Souvent parce que les francophones ont tendance à se contenter de l’anglais et ne revendiquent pas ou peu. Moi ça me va : j’étais venue pour parler anglais 🙂 Historiquement parlant la province est aussi majoritairement anglophone. La francophonie est arrivée via les populations autochtones, métis et franco-canadiennes alors que le commerce de fourrures tend à s’étendre d’est en ouest au Canada au 19ème siècle. Avec l’immigration internationale aujourd’hui, j’entends souvent que la francophonie est très diverse en Colombie-Britannique. C’est peut-être pour ça qu’il n’y a pas réellement d’identité marquée, excepté peut-être un drapeau méconnu, que j’ai moi-même découvert très récemment, et qui existe depuis 1982 :

Le drapeau des francophones de Colombie-Britannique / source de l’image 

Si l’Alliance Française est très dynamique et qu’il y a des écoles francophones et/ou “d’immersion” (=bilingues), le français n’est que très peu parlé/compris. Les quelques personnes que j’ai rencontré ayant eu un parcours scolaire bilingue n’utilisent (encore ?) que très peu leur français. A l’inverse tout semble tourné vers l’Asie. Mais, étonnamment, le français est une petite bête qui monte, qui monte … 

D’ailleurs ça vous dit un quizz sur les drapeaux francos du Canada ? Cliquez c’est par ici 😉

Ici, j’ai aussi appris qu’on dit French pour les québécois et pas seulement pour les français. Ils n’ont d’ailleurs pas toujours bonne presse. J’ai entendu ici et là “ils ne parlent pas un vrai français de toute façon”, “ils croient qu’ils sont différents” et une amie française prise pour une québécoise s’est entendue dire “vous coûtez cher au Canada”. Ce n’est pas partout et certainement pas tout le monde qui dit ça mais quand même, parfois, bonjour l’ambiance. C’est délicat. Vraiment. En général je me fait petite car je ne veux pas raviver de tensions.

Il y a eu 2 épisodes rocambolesques au travail dans mon entourage :

Dans la boîte de l’une de mes amies où il y avait un service client bilingue français/anglais, on a demandé aux francophones de ne pas parler en français entre eux s’ils n’étaient pas en pause. Résultat de querelles immatures à propos de potins apparemment. Parmi les francophones, les français étaient un peu agacés, mais pas traumatisés plus que ça, les québécois, eux, étaient prêts à mettre le feu aux poudres. Ils ont d’ailleurs demandé aux managers si cela deviendrait une règle écrite. Malaise. Cette demande n’a jamais été exaucée et l’histoire s’est terminée sur une non-réponse. On ne peut en effet pas demander à des gens de ne pas parler la langue officielle de leur pays. C’est ridicule.

A l’auberge, une fois j’ai eu le malheur prodiguer 2 ou 3 conseils en français pour aider une collègue française en péril au téléphone. Un client au bout du fil ça s’impatiente vite alors j’ai jugé que le français l’aiderait rapidement dans ce cas précis. Après cela j’ai eu droit à un scandale d’une collègue allemande en réunion. Mon boss, mal à l’aise n’a rien dit. Une explication et une médiation auraient été les bienvenues. Tout le monde sait que je parle français au travail une fois tous les 36 du mois, et que ça ne fait de mal à personne. J’aurais aimé une discussion apaisée. Tant pis, je n’ai rien fait de mal au final.

Ces 2 langues, l’anglais et le français, façonnent en partie le passé, le présent et le futur de grand pays. Je crois que ce n’est pas toujours facile pour toute le monde mais je trouve qu’on tend vers un équilibre intéressant et apaisant.

Sur une note plus légère, et plus personnelle, en anglais comme en français j’ai tendance à prendre des accents ou expressions exotiques sans tomber dans la caricature. Je suis une véritable éponge et je prends pas mal d’intonations. Ma première manager ici venait d’Ontario avec un accent, selon elle, très américain. Je lui ai prise bien des expressions. Et en parlant d’expressions j’ai une copine canadienne qui m’a dit un jour que son copain parlait “un anglais des prairies”. Je l’ai regardée les yeux ronds : je ne savais pas qu’il y avait un anglais des prairies et ne saurais absolument pas reconnaître cela. Ah le Canada ! Je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises !

Et voici les autres billets des participants à #HistoiresExpatriées :

Perrine

Voyageuse un peu aventureuse, je suis partie de mes Alpes françaises natales pour découvrir le monde et ses curiosités. Ici je partage mes expériences, mes voyages, mes découvertes, mes pensées en PVT.

Cet article a 6 commentaires

  1. En anglais des Prairies, on dit pop pour soda 😀
    Très intéressant. On voit le rôle de l’Asie rien que sur le site de l’AF, qui est en mandarin, anglais et français !

    1. Ah j’ai entendu “pop” ici aussi 🙂 Je ne sais pas si ça vient des prairies ou c’est partout du coup. Il Faudrait faire une liste des expressions ahahah!

    2. Et oui l’AF a une clientèle asiatique importante. Ça m’avait étonné au début. Un ami m’a expliqué que nombres de familles chinoises font prendre des cours de français à leurs enfants afin de leur donner la possibilité de travailler pour le gouvernement. Je trouve que c’est intelligent.

  2. PS : j’ai eu 100% au quiz (au hasard entre Nunavut et TNO je dois l’avouer) merci pour le lien !

  3. Je crois que j’ai entendu une histoire similaire en France dans une équipe internationale qui avait interdit de parler des autres langues que le français en dehors des pauses. Mais je comprends en fait quand je travaillais en école de langue si deux personnes parlaient leur propre langue (alors qu’elles savent très bien parler anglais) mes autres collègues avaient l’impression que ces personnes parlaient sur leur dos. C’est aussi pour ça que les entreprises ici ne vont pas embaucher un Français qui n’a pas un niveau d’anglais suffisant pour s’intégrer aux restes de l’équipe même s’il ne va travailler que sur le marché français au quotidien.

    1. Je suis d’accord avec toi sur le bilinguisme et l’intégration dans une équipe, et c’est aussi pour ça que j’évite le français au travail même avec des francos. D’ailleurs les francophones du service client de mon amie parlaient parfaitement anglais puisqu’ils devaient aussi gérer les clients anglophones. C’est juste que la discussion n’est parfois pas très sereine et quelques décisions prises à la hâte ou réflexions pourraient être réglés dans le calme en dialoguant. Le sujet est délicat au Canada.

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